passant, penses-tu passer par ce passage

une intervention d’Estefanía Peñafiel Loaiza

du 1er octobre au 1er décembre 2019

Galerie Saint-Séverin

Alicia Knock, commissaire.

Vernissage mardi 1er octobre de 18h30 à 21h

4 rue des Prêtres-Saint-Séverin, Paris 5e. M° Cluny-la-Sorbonne, Saint-Michel.

https://www.paris.catholique.fr/-la-galerie-.html

passant, penses-tu passer par ce passage

photographie et intervention in situ sur feuilles des arbres du jardin de l’église Saint Séverin

texte par Alicia Knock, commissaire :

Estefanía Peñafiel Loaiza traite la vitrine de la galerie Saint Séverin comme une chambre obscure. S’y révèle la trace fantôme de corps de migrants enregistrés par des caméras de surveillance à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Le passage des corps « à identifier » est arrêté par le processus de l’artiste, qui rephotographie ici la séquence en laissant l’obturateur de l’appareil ouvert, lui permettant de prélever le « décor » de la caméra: paysage inoffensif et mélancolique (que déchirent deux lignes de barbelés), seulement « hanté » par le passage des corps. Ainsi désamorcées de leur contexte répressif, ces images de « non identité », où le corps n’imprime que son tremblement, plongent les individus dans un espace intermédiaire d’anonymat, entre protection et disparition. Au pied de l’image, l’artiste a tatoué sur les feuilles des arbres du jardin de l’église adjacente, les vers d’un poème figurant sur une inscription disparue, mentionnée dans l’histoire de la transformation de l’église au XIXème siècle. Ce poème disséminé sur le passage, offert aux migrations saisonnières des arbres du jardin adjacent, prolonge l’image de la vitrine tout en reactivant la mémoire des déplacements historiques du lieu. Par la superposition impromptue de négatifs -ombre sur ombre- le migrant fait paradoxalement corps avec le passant. Le regard persistant de la photographie n’indique peut être ici que sa capacité à inscrire la perte, tandis que celui, fluide, du passant, celle d’affleurer de tout son poids l’expérience partagée de sa propre disparition.

« Passant, penses-tu passer par ce passage
Où pensant, j’ai passé ?
Si tu n’y penses pas, passant, tu n’es pas sage
Car en n’y pensant pas, tu te verras passé. »

Extrait de « Paris de la Seine à la Cité Universitaire : le quartier St Jacques et les quartiers voisin,  leurs transformations à travers les siècles »  de Émile Wiriot.