Regards sur les collections de la Cinémathèque

Exposition

Hélène Bellenger et Estefanía Peñafiel Loaizaà la Cinémathèque de Toulouse du 9 novembre – 23 décembre 2021En partenariat avec la Résidence 1+2 et la Maison Salvan

https://www.lacinemathequedetoulouse.com/expositions/2276

Films, affiches, revues, photographies… La Cinémathèque de Toulouse conserve des milliers de documents, les collecte et les protège en les rangeant dans des magasins à température et hygrométrie contrôlées. Mais entendons-nous : ces rayonnages n’ont rien d’une morgue ! Tous ces éléments ne sont pas préservés pour rester « momifiés » sur les étagères : nous aimons au contraire les imaginer dotés d’une vie propre, capables de toucher – voire hanter – le public.
Pour un archiviste, provoquer la rencontre – hasardeuse ou bien orchestrée – entre ces objets et un artiste est quelque chose de particulièrement grisant. Car la pratique artistique s’empare des documents, les interprète, les transforme, finissant par adresser à l’image cinématographique des questions inédites.

C’est ainsi que, grâce à des partenariats fructueux avec la Résidence 1+2 et la Maison Salvan (Labège), nous avons ouvert les portes de la bibliothèque et du Centre de conservation et de recherche à Hélène Bellenger, photographe, en 2018 et à Estefanía Peñafiel Loaiza, plasticienne et vidéaste, en 2020. Cette exposition restitue et fait dialoguer leur travail, où recadrages, coloriages et détournements racontent une grande liberté d’approche face à la « machine cinéma », en nous révélant des détails cachés aux spectateurs du grand écran.

Hélène Bellenger s’attaque à l’iconographie féminine dans le cinéma à partir des revues populaires des années 1920-1940. À cette époque, la technologie cinématographique était caractérisée par un spectre colorimétrique monochrome ; pour mettre en évidence les contrastes et l’expressivité des visages, le maquillage était accentué jusqu’au grotesque. Hélène Bellenger ramène à la surface ce qui était invisible à l’écran à l’époque, en reproduisant en post-production le maquillage adapté au cinéma des années du star-system américain. Un procédé qui lui permet de questionner le concept de photogénie et la construction du modèle de beauté féminine.

Estefanía Peñafiel Loaiza interroge les présences silencieuses des « figurants de l’histoire ». Par les interventions qu’elle opère sur l’image dans des films des années 1910 conservés par la Cinémathèque, elle révèle des présences fantomatiques, leur donne un statut, une existence. Parfois, elle identifie et souligne la présence de personnages qui se mettent en scène, regardent la caméra, transgressent par rapport à ce que l’on attend d’eux. Depuis leurs statuts de seuls sujets de documents, ils en arrivent à créer de la micro-fiction, à fabriquer une espace-temps de liberté, comme par une inversion du système de contrôle et de domination du « régime » de la caméra.

Étonnamment, un complexe jeu de renvois entre les œuvres de ces deux artistes s’est tissé, malgré l’éloignement des pratiques, des partis pris et des périodes en résidence.

Francesca Bozzano
Directrice des collections de la Cinémathèque de Toulouse



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