{"id":1511,"date":"2016-01-22T14:19:30","date_gmt":"2016-01-22T14:19:30","guid":{"rendered":"http:\/\/fragmentsliminaires.net\/?p=1511"},"modified":"2016-01-30T19:24:29","modified_gmt":"2016-01-30T19:24:29","slug":"estefania-penafiel-loaiza-theatre-du-minimal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/2016\/01\/22\/estefania-penafiel-loaiza-theatre-du-minimal\/","title":{"rendered":"Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza, \u00ab Th\u00e9\u00e2tre du minimal \u00bb."},"content":{"rendered":"<h3>par Gabriel Nallet <span style=\"color: #ffffff;\">&#8211; <\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza est n\u00e9e dans un pays qui porte le nom d\u2019une ligne invisible qui coupe le monde en deux. Cette id\u00e9e d\u2019une g\u00e9ographie imaginaire est fr\u00e9quemment convoqu\u00e9e dans son travail. Lors de notre premi\u00e8re rencontre elle m\u2019a racont\u00e9 sa venue aux Beaux-Arts de Paris depuis son Equateur natal. Elle m\u2019a alors expliqu\u00e9 qu\u2019elle avait con\u00e7u tout son travail de sorte qu\u2019il tienne dans une valise. L\u2019anecdote est riche d\u2019enseignement. Elle ne traduit pas seulement le go\u00fbt de l\u2019\u00e9conomie de moyen qui anime son oeuvre. Plus profond\u00e9ment ce \u00e0 quoi s\u2019emploie Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza c\u2019est \u00e0 faire survenir un patrimoine immat\u00e9riel, un souvenir, une absence, l\u2019invisible sinon l\u2019indicible. Ainsi son travail s\u2019articule autour de la question de la r\u00e9v\u00e9lation, de l\u2019effacement mais probablement plus encore de l\u2019incarnation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vid\u00e9o \u00ab\u00a0<strong>traces<\/strong>\u00a0\u00bb est un objet qui se situe entre vid\u00e9o et photo. Un fondu enchain\u00e9 d\u2019images quasiment abstraites qui sont en fait la fixation des moutons de poussi\u00e8res, d\u2019embrasures de portes ou de minuscules vestiges de son logement estudiantin. La m\u00e9moire d\u2019un lieu de vie par le creux, par le fragile et l\u2019effa\u00e7able. La vid\u00e9o est con\u00e7ue pour tourner en boucle, sans temporalit\u00e9 particuli\u00e8re sinon qu\u2019un rai de soleil ou un souffle de vent vient rappeler qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un film et non pas d\u2019images fixes. Le temps revient ainsi \u00e0 l\u2019ouvrage. Cette vid\u00e9o participe d\u2019une gracile tentative de garder trace d\u2019un lieu qui f\u00fbt \u00e9galement celui o\u00f9 l\u2019artiste en devenir s\u2019est constitu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vid\u00e9o \u00ab\u00a0<strong>sans titre (paysage)<\/strong>\u00a0\u00bb d\u00e9bute par une phrase, \u00ab\u00a0<em>L\u2019horizon d\u2019abord disparait\u00a0<\/em>\u00bb qu\u2019une main vient r\u00e9\u00e9crire. Mais cette r\u00e9\u00e9criture se mue en effacement. L\u2019horizon d\u2019abord disparait c\u2019est la promesse de voyages au long cours, de qu\u00eates des bords de la terre (du temps o\u00f9 elle \u00e9tait plate). Cette mani\u00e8re de rendre abstraite la g\u00e9ographie, de relativiser les territoires est r\u00e9currente chez Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza. On peut ainsi citer \u00ab\u00a0<strong>mirage(s) 2. ligne imaginaire (\u00e9quateur) <\/strong>\u00a0\u00bb qu\u2019elle avait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 son dipl\u00f4me des Beaux-Arts et qui consistait \u00e0 tracer une ligne horizontale, \u00e0 hauteur de vue, au moyen d\u2019une gomme \u00e0 effacer sur un mur blanc. Estefania penche toujours entre son d\u00e9sir d\u2019effacer ce qui forme une fronti\u00e8re mais ce n\u2019est pas avec le dessein de faire table rase. Fr\u00e9quemment son travail s\u2019emploie \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler l\u2019histoire des lieux ou plus exactement \u00e0 en faire m\u00e9moire, comme dans \u00ab\u00a0<strong>traces <\/strong>\u00bb. On pourra \u00e9galement citer \u00ab\u00a0<strong>commune pr\u00e9sence<\/strong>\u00a0\u00bb pr\u00e9sent\u00e9e au CREDAC d\u2019IVRY qui \u00e9tait anciennement la manufacture des \u0153illets, soit un lieu de labeur manuel. Estefania aura donc collect\u00e9 dans la presse quotidienne des mains anonymes qu\u2019elle imprime et \u00e9pingle directement sur les murs, comme autant de fant\u00f4mes des ouvriers d\u2019antan\u2026 Et ces lignes de mains semblent \u00e9galement former un langage des signes qui tente de lutter contre l\u2019oubli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019objet (la sculpture\u00a0?) \u00ab\u00a0<strong>\u00e9piphanie<\/strong>\u00a0\u00bb pourrait combler les ex\u00e9g\u00e8tes. Rappelons que ce titre est issu d\u2019un mot grec signifiant apparition. Il s\u2019agit \u00e0 prime abord d\u2019une modeste plaque en verre translucide. En mati\u00e8re d\u2019apparition on demeure quelque peu sur sa faim&#8230; Un examen plus attentif r\u00e9v\u00e8le que des mots semblent imprimer sur la plaque. En r\u00e9alit\u00e9 ils sont inscrits avec la \u00ab\u00a0sueur\u00a0\u00bb de la main. Il faut s\u2019approcher pour les d\u00e9chiffrer, id\u00e9alement souffler dessus\u2026 C\u2019est alors une question qui sourd de la bu\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0<em>et qui t\u2019as appris que tu \u00e9tais<\/em> nu\u00a0?\u00a0\u00bb. Soit l\u2019une des premi\u00e8res phrases que Dieu adresse \u00e0 Adam lorsqu\u2019il d\u00e9couvre que ce dernier dissimule sa nudit\u00e9 (ce qui subodore qu\u2019il a quelque peu \u00ab\u00a0faut\u00e9\u00a0\u00bb\u2026). Ici Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza convoque un r\u00e9cit fondateur de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 mais c\u2019est le souffle du spectateur qui fait \u00ab\u00a0<em>qu\u2019au commencement \u00e9tait le verbe<\/em>\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a notamment dans cette pi\u00e8ce un go\u00fbt du r\u00e9cit, ce qui est une donn\u00e9e importante pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ensemble de son travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce-\u00e0 dire que ce travail est empreint d\u2019une certaine th\u00e9\u00e2tralit\u00e9\u00a0? On peut r\u00e9pondre par l\u2019affirmative \u00e0 la condition de noter que chez l\u2019artiste la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 est tout l\u2019inverse de l\u2019emphase, mais bien plut\u00f4t le d\u00e9sir d\u2019interroger le ressort du r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On serait m\u00eame tent\u00e9 de penser que ce travail vient consciencieusement d\u00e9construire les canons du th\u00e9\u00e2tre classique que sont l\u2019unit\u00e9 de lieu, de temps et d\u2019actions (de p\u00e9ril disait-on \u00e9galement). Boileau souhaitait ainsi \u00ab\u00a0<em>qu\u2019en un lieu, qu\u2019en un jour, une seul fait tienne le th\u00e9\u00e2tre rempli\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lieu chez Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza devient fr\u00e9quemment un territoire de l\u2019intime ou le berceau d\u2019une histoire collective. Le lieu c\u2019est ce qui nous attache \u00e0 ce monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019unit\u00e9 de temps est diffract\u00e9e. Elle sert \u00e0 relier l\u2019individuel \u00e0 l\u2019universel. Ainsi dans l\u2019installation vid\u00e9o \u00ab\u00a0<strong>angelus novus<\/strong>\u00a0\u00bb il est projet\u00e9 des feuilles de papier une succession de lettres qui s\u2019effacent aussit\u00f4t. Il est alors impossible de savoir si la phrase ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e est \u00ab\u00a0l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Les histoires se r\u00e9p\u00e8tent\u00a0\u00bb.\u00a0Il s\u2019agit encore de rem\u00e9morer, de faire surgir ce que l\u2019oubli a enseveli. Mais l\u2019artiste sait que la m\u00e9moire comporte sa part d\u2019inexactitude ou de partialit\u00e9 et qu\u2019inviter les images pour t\u00e9moins est une tentative qui peut \u00eatre hasardeuse sinon dangereuse. Ainsi l\u2019\u0153uvre titr\u00e9e \u00ab\u00a0<strong>fiat lux<\/strong>\u00a0\u00bb semble promettre que la v\u00e9rit\u00e9 surgira de la lumi\u00e8re. La lumi\u00e8re en action est celle d\u2019un projecteur qui surexpose une image jusqu\u2019\u00e0 la rendre illisible. L\u2019image en question est l\u2019une de celles prises par un sonderkommandeau au camp d\u2019Auschwitz en ao\u00fbt 1944. Image funeste qui formera la base du livre \u00ab\u00a0images malgr\u00e9 tout\u00a0\u00bb de Georges Didi-Huberman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019unit\u00e9 d\u2019action chez Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza consiste g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 d\u00e9construire le r\u00e9cit, \u00e0 en r\u00e9v\u00e9ler les fragilit\u00e9s, les failles, sinon la po\u00e9sie. Quand l\u2019artiste gomme les photos d\u2019anonymes dans les journaux et conserve d\u2019eux la pelure du gommage dans des fioles num\u00e9rot\u00e9es et archiv\u00e9es (\u00ab\u00a0<strong>sans titre (figurants)<\/strong>\u00a0\u00bb) elle proc\u00e8de encore par l\u2019effacement pour mieux attirer notre attention sur ce qui sans cesse dispara\u00eet autour de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi va l\u2019\u0153uvre d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza, un rappel sensible \u00e0 la fragile th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de nos vies. Un peu de m\u00e9taphysique au c\u0153ur de la trag\u00e9die domestique de nos existences. Une mani\u00e8re sensible de nous dire, avec d\u00e9licatesse, des choses graves.<\/p>\n<p>janvier 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Gabriel Nallet &#8211; Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza est n\u00e9e dans un pays qui porte le nom d\u2019une ligne invisible qui coupe le monde en deux. Cette id\u00e9e d\u2019une g\u00e9ographie imaginaire est fr\u00e9quemment convoqu\u00e9e dans son travail. Lors de notre premi\u00e8re rencontre elle m\u2019a racont\u00e9 sa venue aux Beaux-Arts de Paris depuis son Equateur natal. Elle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1654,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,24,15],"tags":[],"class_list":["post-1511","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","category-infogenerale","category-textes-critiques"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.2","language":"en","enabled_languages":["fr","es","en"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"es":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"en":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1511"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1511\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1689,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1511\/revisions\/1689"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fragmentsliminaires.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}